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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’humour anglais sans jamais oser le demander

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’humour anglais sans jamais oser le demander Posted on 29/11/2017

C’est une étiquette qui colle à de nombreuses comédies. Mais que se cache-t-il derrière l’ « humour anglais » ? Critiques et historiens sont mis à contribution dans la quête de cette définition impossible.

Les Monty Python sont sans doute l’exemple le plus immédiat qui vient à l’esprit des spectateurs français lorsqu’il s’agit de définir l’humour anglais. Aucun film de la troupe comique n’était pourtant au programme de la 28e édition du Festival international du film d’histoire de Pessac. Cette absence remarquée était l’occasion d’aller chercher derrière l’évidence pour mieux cerner ce genre paradoxalement inclassable.

« Nonsense », « finesse », « pince-sans-rire », « cul-serré », « understatement » (ou litote)… Interroger les festivaliers, c’est réaliser l’ampleur de la tâche – ardue voire périlleuse. Le terme « humour anglais » veut tout dire. Ou rien.

Seuls des experts en la matière semblent qualifiés pour dégager les traits distinctifs de cet exercice si particulier. La finesse est ce qui le définit le mieux aux yeux de Sylvie Noëlle, rédactrice pour Le Blog du cinéma.

Sylvie Noëlle cite en référence l’exemple récent de Love Actually. Ce succès populaire catalogue les relations amoureuses à Londres, à la veille des fêtes de fin d’année. Situations cocasses, jeux d’esprit, raffinement… Tous les ingrédients basiques de l’humour anglais sont conviés.

Love Actually revient souvent dans la bouche des festivaliers, d’autant que son réalisateur, Richard Curtis, est une figure de premier plan dans la comédie anglaise moderne. Co-créateur du personnage de Mr Bean, scénariste de Quatre mariages et un enterrement et réalisateur de Good Morning England, il a lui-même exploré plusieurs facettes de la comédie britannique.

Selon Michel Ciment, co-fondateur de la revue Positif, l’essence de l’humour anglais est bien plus lointaine. D’après lui, les créations des Ealing Studios ont posé les bases, dans les années 1940, avec des films comme Noblesse oblige, L’Homme au complet blanc ou encore Tueurs de dames. Autant de comédies très ancrées dans une veine réaliste et flirtant avec le drame.

L’humour très noir auquel ces films ont recours est une caractéristique non négligeable du genre. Ainsi en va-t-il dans Noblesse oblige où le protagoniste élimine un à un ses huit concurrents à l’héritage d’un titre de noblesse.

Il se trouve que l’un des films des Ealing Studios figure dans la programmation So British ! du Festival : Passeport pour Pimlico. Réalisé par Henry Cornelius, le long métrage met en scène un quartier londonien éponyme, dont les habitants revendiquent l’indépendance, après la découverte d’un édit attestant l’appartenance de Pimlico au duché de Bourgogne.

Michel Ciment ajoute que le comique anglais se distingue surtout par son pragmatisme, là où d’autres humours (comme l’ironie bien française) se font plus idéologiques, par associations d’idées. Même si le genre d’humour varie d’un film à l’autre – entre les créations Ealing et l’absurde des Monty Python –, tout part de situations concrètes, voire banales.

D’autres spécialistes, à l’exemple de Frédéric Ogée, soulignent la dimension culturelle de l’humour anglais, où s’exprime l’esprit insulaire.

Afin d’étayer son propos, il cite les films de la série James Bond. Chaque long métrage de l’espion britannique distille un humour centré autour d’une culture de la différence affirmée et de l’autodérision qui en découle. Portées selon lui par une richesse de la langue, ces caractéristiques se suffisent à elles-mêmes pour cerner véritablement l’humour british.

La langue anglaise se prête naturellement au trait d’esprit – le « wit » , qui provoque le rire chez le spectateur. Lorsqu’il ne met pas un point d’orgue à une situation absurde, il vient poser une touche d’humour dans une situation qui ne s’y prête pourtant pas.

Tous les connaisseurs revendiquent l’origine littéraire de cet humour anglais à commencer par Shakespeare, auteur de comédies, mais aussi de tragédies dominées par la figure du bouffon. Plus tard, au XVIIIe siècle, l’écrivain Laurence Sterne – auquel Frédéric Ogée consacrait une conférence durant le festival –, a aussi apporté sa pierre à l’édifice avec Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme.

Signe d’universalisme, certains cinéastes américains optent pour un comique en de nombreux points similaires à l’humour anglais. En témoigne l’humour juif des frères Coen – qui ont réalisé un remake de Tueurs de dames, des Ealing Studios –, ou encore celui de Woody Allen.

Valentin Gény, Anne-Fleur Lespiaut, Jules Lonchampt et Sacha Rosset