Posted in Accueil

[FIFH 2021] « L’Événement », un plaidoyer pour l’avortement, cru et bouleversant

Le film d’Audrey Diwan, L’Événement, a inauguré le festival international du film d’histoire de Pessac, lundi 15 novembre 2021. Ce long-métrage saisissant, adapté du roman d’Annie Ernaux, relate le parcours d’une jeune française, en 1963, qui cherche à avorter dans l’illégalité. Lauréate du Lion d’or de la Mostra de Venise, l’œuvre montre une réalité choquante mais actuelle. 

La loi anti-avortement rétablie au Texas, l’interruption volontaire de grossesse quasi-interdite en Pologne ou encore considérée comme illicite à Malte ou à Andorre… Le film L’Événement d’Audrey Diwan, projeté lors de la cérémonie d’ouverture du festival de Pessac, s’inscrit tristement mais implacablement dans l’actualité. Adapté du roman autobiographique d’Annie Ernaux, il peut se targuer d’être lauréat du Lion d’or à la Mostra de Venise. Alors que ce long-métrage narre l’avortement clandestin d’une jeune française en 1963, on ne peut s’empêcher de penser à ces femmes, qui 50 ans plus tard, vivent le même tourment.

Une œuvre réussie tant par le message transmis que par sa qualité cinématographique. On en ressort le poing levé. La rage provoquée retourne l’estomac, donne l’envie de se battre pour qu’aucune femme ne vive le calvaire d’Anne Duchesne, interprétée par Anamaria Vartolomei. Anne a 23 ans, fait des études de lettres. Elle tombe enceinte. Pour elle, impossible de garder l’enfant. Elle veut continuer ses études. Mais en France, en 1963, l’avortement est illégal. Toute personne y ayant recours est passible d’une peine de prison. 

La société la rejette. Médecins, proches… Les réactions sont unanimes : « Je ne veux pas de scandale dans mon cabinet », « laisse-moi Anne, va-t-en », « on ne veut pas de ça ici », « ça ne nous regarde pas ». Anne est seule. Mais déterminée. Elle ne veut pas que « la maladie qui touche uniquement les femmes et les oblige à devenir mère au foyer » lui dicte sa vie. Une détermination magistralement portée par l’actrice principale, visage dur, regard fermé. Peu de sourires vont se poser sur les lèvres de la jeune femme. Peu de larmes sur ses joues, sauf lorsque la douleur devient trop forte. 

Une douleur qui prend le spectateur aux tripes. Assommé, il détourne le regard, et sent la souffrance parcourir son corps. Les maux sont uniquement ressentis via les gros plans sur le visage déformé d’Anne. On ne nous montre pas ce qui se passe, c’est induit. Cela suffit. On nous laisse avec la seule respiration de la jeune femme. Ses halètements percent le silence qui prédomine. Un silence parfois brisé par une musique douce, belle. Des tintements résonnent, et s’amplifient jusqu’à en devenir dramatique. Comme si on entendait le rythme cardiaque d’Anne s’accélérer. Les couleurs pastel rendent le tout juste, véridique. 

Tout au long du film, la caméra reste focalisée sur son personnage principal. Toujours très proche, par-dessus son épaule ou face à elle, donnant l’impression d’être à ses côtés, de pouvoir la toucher. Elle suit le moindre de ses mouvements. De son regard vers sa culotte blanche immaculée qu’elle espère voir rouge jusqu’à sa démarche vacillante, le regard tangue. Grâce à sa caméra immersive, la réalisatrice Audrey Diwan a souhaité que le spectateur se glisse dans la peau d’Anne. C’est réussi. Elle fait le choix d’un scénario intimiste, où la nudité est pleinement assumée d’une manière douce et délicate. On ne verra jamais l’entrejambe d’Anne ou très peu son ventre arrondi. Beaucoup d’éléments sont montrés de manière implicite : l’imagination du spectateur est mise à contribution. 

L’Événement est un des seuls films français à s’être emparé du thème de l’avortement du point de vue de l’avortée, et ce, avec brio. Audrey Diwan, par ailleurs scénariste du film Bac Nord et ayant elle-même eu recours à l’IVG, montre une réalité commune à de nombreuses femmes à travers la planète. Quitte, comme le mentionne le film en préambule, à ce que des scènes, des propos ou des images puissent heurter la sensibilité des spectateurs. 

Juliette Brossault

L’Événement (1h40) de Audrey Diwan avec Anamaria Vartolomei, Anna Mouglalis, Sandrine Bonnaire
Sorti en salle le 24 novembre 2021