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La mafia sicilienne in vitro

Dans son documentaire, Mosco Levi Boucault retrace méticuleusement la vie et la chute du plus grand mafieux sicilien de tous les temps, Totò Riina, fils de paysan né à Corleone en Sicile. 

En 1972, Francis Ford Coppola s’était rendu en Sicile pour y tourner une partie de son chef d’œuvre, Le Parrain. Quarante-sept ans plus tard, le réalisateur Mosco Levi Boucault marche dans ses pas. Sa caméra s’attarde dans les capillaires étroits du village de Corleone. Mais l’ambiance a changé, plus grave que celle installée par les violons mélancoliques de Nino Rota. Jadis on parlait du « village aux cent églises », aujourd’hui de « la colline aux cadavres ». 

Diffusé en 2019 sur Arte, le documentaire Corleone, le parrain des parrains retrace l’avènement et la chute du plus grand mafieux que la Sicile ait connu, Salvatore Riina, natif des lieux. Son règne de sang est retracé à l’écran avec rigueur, au long de deux heures trente de témoignages, ponctuées de coupures de presse et images d’archives. Les sources abondent. Le nom de Totò Riina, décédé en 2017 fait moins peur qu’il y a trente ans, quand, avec ses hommes de main, il n’hésitait pas à éliminer journalistes, policiers et magistrats. 

“Parole, parole, parole”

Mosco Levi Boucault se balade dans les méandres de la mafia avec sérénité. Il en fait pâlir ses collègues italiens, sous protection policière. Les visages masqués des sicario, les assassins de Riina, qui témoignent face caméra, n’occultent pas la froideur de leurs récits. Strangulation, armes à feu, caddies de supermarché piégés… Ils racontent, fiers de leurs signatures de killers, les meurtres des ennemis de leur boss, manipulateur né. La narratrice nous guide, elle incarne la vox populi sicilienne, observatrice traumatisée de l’hégémonie Riina. Sa voix s’efface aux bons moments pour laisser le champ libre à une bande-son orchestrale et symphonique. 

Le meurtre, la prison et l’impossible rédemption

De sa première exécution, à 19 ans, à son jugement au cours d’un “maxi-procès” légendaire, « Toto le petit » et ses faits d’armes n’ont plus de secrets pour le spectateur. En quelques séquences d’archive, il apparaît au tribunal en paysan endimanché, ou dans une Citroën ZX, conduite par son chauffeur.  En apparence insignifiant, et pourtant ! Son ivresse du crime ira jusqu’à l’élimination des juges anti-mafia Falcone et Borsellino au début des années 1990.

Au final, Corleone, le parrain des parrains est un film sur la bassesse de ces « hommes d’honneurs ». Corleone fut le berceau et le caveau de Totò Riina. Mais Cosa Nostra n’est pas morte.

« Corleone, le parrain des parrains », 2019, Mosco Levi-Boucault, 2 h 20, disponible sur Arte.tv

Pierre Larquier