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[FIFH 2021] Avorter seule et contre tous

Avec L’Événement, Audrey Diwan nous ramène cinquante ans en arrière, dans l’intimité d’une jeune femme qui cherche désespérément à avorter pour continuer de vivre, sans passer par la case prison. 

Sans savoir que son amie est-elle même concernée, Brigitte lance à Anne : « tomber enceinte, ça serait la fin du monde ». En 1963, la nouvelle d’une grossesse peut être reçue de manière tragique. C’est en tout cas ce que vit Anne, 23 ans, étudiante en lettre. Enceinte de quelques semaines, elle cherche désespérément à avorter. Adaptation au réalisme cru du roman éponyme et autobiographique d’Annie Ernaux, publié en 2000, L’Événement d’Audrey Diwan a été récompensé à juste titre par le Lion d’Or à la 78e Mostra de Venise, en septembre dernier. 

Intimité et violence d’une époque

On découvre Anne dans son intimité, avec l’omniprésence des gros plans de face, de profil ou de dos. Le tout accentué par une mise en scène brute et sans esquive de la nudité. Une jeune femme chez qui tout change sauf le monde qui l’entoure. Malgré un visage impassible et froid, Anne, parfaitement interprétée par Anamaria Vartolomei, arrive à nous transmettre les émotions qui la traverse : la stupéfaction d’apprendre qu’elle est enceinte, la frustration de passer à côté de ses études, la colère et le désespoir d’être seule face à son secret. 

Oui, Anne est seule. Les médecins – des hommes – refusent de faire avorter la jeune femme au risque d’aller en prison. Sa mère (Sandrine Bonnaire) et son professeur de lettre (Pio Marmaï) ignorent sa grossesse, s’inquiètent pour elle à l’approche d’une échéance déterminante – un examen – sans pour autant comprendre la source de ses problèmes. Seul deux ou trois amis l’aideront à trouver la solution. Une solution qui s’appelle Madame Rivière, personnage dur et glacial interprété avec justesse par Anna Mouglalis. 

Les couleurs pastel et le format 4 : 3 de l’image – style retro – choisis par la réalisatrice nous ramène à une époque où le rock’n’roll, le twist et le coca-cola en bouteille sont synonymes de modernité et d’émancipation de la jeunesse. Pour autant les mentalités vis-à-vis de la sexualité et de l’avortement ne semblent pas évoluer. 

Ce film à l’atmosphère pesante est soudainement percuté par des scènes violentes, chirurgicales, à la limite du soutenable tant sur le plan visuel que sonore. La dureté de l’épreuve fait écho à celle de l’époque. Rappelons que la pilule contraceptive n’a été légalisée en France qu’en 1967 et l’avortement en 1974.  

Par sa véracité troublante, sa mise en scène directe et les mouvements instables mais assumés de caméra, ce film s’apparente à certains moments au reportage. On pourra toutefois regretter le jeu parfois exagéré de quelques personnages secondaires, interprétés par de jeunes acteurs. 

Écho au temps présent 

Quelques lignes avant le générique de fin auraient pu rappeler que ces situations existent encore dans le monde, cinquante ans plus tard. 

L’Événement résonne d’autant plus dans l’actualité qu’en Pologne, le 22 septembre dernier, Izabela, 30 ans, est morte d’un choc septique après un refus des médecins de pratiquer un avortement. Elle est considérée comme la première victime du durcissement du droit à l’avortement décidé par le Tribunal constitutionnel polonais. 

Maxime Asseo

L’Événement, d’Audrey Diwan avec Anamaria Vartolomei, Sandrine Bonnaire, Pio Marmaï… en salle le 24 novembre. 1 h 40.