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Corleone, nid de mafieux

Dans son documentaire « Corleone, le parrain des parrains », le réalisateur Mosco Levi-Boucault raconte l’ascension et la chute de Salvatore Riina, parrain sanguinaire des Corleonesi.

C’est l’histoire d’un paysan de Corleone, petite cité de campagne à soixante kilomètres de Palerme, devenu le parrain le plus célèbre de la mafia sicilienne. Salvatore « Toto » Riina, disparu en 2017, chef de Cosa Nostra, a régné pendant près d’un demi-siècle sur la Sicile, à coup d’enlèvements, d’assassinats, et d’attentats.

Dans « Corleone, le parrain des parrains », Mosco Levi-Boucault retrace l’histoire du mafieux et des Corleonesi, ses fidèles.

Pendant deux heures, juges, journalistes, procureurs et commissaires se succèdent à l’écran. Et aussi, c’est sûrement là l’intérêt principal du film, des repentis. D’anciens membres des commandos de Riina, des ex-tueurs. Cagoules et lunettes de soleil sur la tête, ils racontent ce qu’ils ont vu, vécu et fait pour Riina. Leur nom apparaît, mais ce n’est aujourd’hui plus le leur. Ils ont tous changé d’identité.

À travers leurs témoignages, poignants, on comprend que la mafia était infiltrée dans tous les rouages de la société et était un véritable ascenseur social. Un ancien tueur : « avant d’intégrer la mafia, je n’étais personne, on ne me reconnaissait pas. Quand je suis rentré, on me parlait dans la rue, on me respectait. Les gens connaissaient mon nom. »

La première partie, intitulée « le pouvoir par le sang », décrit l’ascension terrifiante du « parrain des parrains ». A sept ans, il perd son père et son frère, dans l’explosion d’un obus de la seconde guerre mondiale tombé dans leur champ. Premier meurtre à 19 ans, première peine de prison. Il sort au bout de 6 ans pour bonne conduite. En 1958, il intègre Cosa Nostra, et gravit rapidement les échelons, n’hésitant pas à éliminer d’autres membres pour accélérer son ascension.

Ses anciens hommes de main, les « hommes de confiance », dressent le portrait de leur chef, un tyran sanguinaire assoiffé de pouvoir, qui ne se soucie de personne, et qui est persuadé d’œuvrer pour le bien commun. Ils témoignent de leurs actions avec lucidité et sang-froid. L’un d’eux affirme même que « partir tuer quelqu’un, c’était comme partir en promenade. »

La deuxième partie, « Corleone, la chute », relate l’incroyable “Maxi-procès” de 1986, où près de 475 mafieux sont inculpés. Riina n’en fait pas partie, mais l’aristocratie mafieuse vacille. Alors le parrain se déchaîne. En 1992, les deux juges antimafia responsables de sa traque sont assassinés à deux mois d’intervalle : Giovanni Falcone puis Paolo Borsellino. En 1993, le boss est finalement arrêté à bord de sa voiture dans les rues de Palerme, après 24 ans de traque.

Le documentaire ne brille pas par sa mise en scène. Des plans fixes, entrecoupés d’images d’archives et des unes sanglantes des journaux italiens de l’époque.

Mais le film immerge complètement le spectateur dans l’Italie des années 1970 à 1990 à travers les nombreux témoignages, qui apportent tous un regard différent. Une période déjà exploitée par le réalisateur en 2011, dans son film « Ils étaient les Brigades rouges », qui retrace l’histoire de ce groupe terroriste communiste dans les années de plomb.

Une voix off féminine agrémente les passages d’archives. La voix du peuple, témoin effrayé des crimes commis par les Corleonesi.

Deux ans après la disparition de Riina, le voile se lève peu à peu sur une des périodes les plus sombres de l’Italie d’après-guerre.

Romain BOUVET.

« Corleone, le parrain des parrains », 2019, Mosco Levi-Boucault, 2 h 20, disponible sur Arte.tv